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Degrees of Separation - Test PC

Le 14 février dernier, à dessein, est sorti un jeu censé être le jeu des amoureux, pour la simple raison qu'il se joue à deux sur fond de conte d'un amour impossible entre une princesse du feu et de la chaleur et un prince de la neige et des glaces. Mais à nos yeux, Degrees of Separation est bien plus que cela.

Ce que je note avant tout, c'est les différents niveaux de lecture du titre de cette oeuvre créée par le studio norvégien Moondrop, qui de ses propres mots "focused on making games that are interesting, beautiful and respectful towards players". Par ce titre donc, Degrees of Separation, on voit d'abord un allusion à tout ce qui peut séparer deux âmes soeurs ; puis dans le jeu lui-même, on y voit évidemment la différence de "degrés" de température entre les deux héros ; dans le même temps, la ligne de "séparation" entre les deux personnages saute également aux yeux. Puis en avançant dans le jeu, on saisit toutes les formes d'obstacles, de murs, frontières qui les "séparent"... Rarement j'ai vu un titre aussi recherché, mais trêve d'analyse de textes. Revenons-en à nos héros.

Tout commence très classiquement avec une princesse endormie, Ember, qui se réveille seule dans un château, troublée, alertée contre un danger imminent et qui part alors pour le combattre. Immédiatement après, il arrive la même chose à un prince, Rime. Une conteuse à la voix douce narre leur histoire, car de leur côté, Ember et Rime sont muets. On ne peut que s'amuser de ces références classiques aux contes de fées (château, prince, princesse, conteuse et plus tard dragon, roi, magie etc...), dont les codes usuels sont aussitôt cassés : la princesse n'attend plus d'être sauvée par le prince et ce sont tous deux, ensemble, l'un ne pouvant rien sans l'autre, qui accompliront la quête. 


Réflexion de haut vol et plates-formes.

Vient alors l'essence même de Degrees of Separation : nos deux héros, qui ne se connaissent pas et semblent en plus avoir tout oublié, se rencontrent et cheminent ensemble, mais séparés par une ligne d'énergie. Ember génère ainsi autour d'elle un champ de chaleur. Rime quant à lui est entouré de froid. Ah l'éternelle fascination pour l'amour impossible et le mur infranchissable qui les sépare, et l'éternelle credo de la complémentarité des amoureux... Cette mécanique n'est pas sans nous rappeler avec plaisir les principes de l'excellent et féerique Seasons After Fall. Par ailleurs, la ligne qui sépare les deux personnages oscille de l'horizontale, à la verticale en passant par tous les degrés (encore !) de la diagonale selon leur déplacement et le tout se déroule dans un univers en 2D. Enfin, concrètement, notre mission consiste à explorer un grand château et cinq autres en mondes en récoltant des foulards chargés d'énergie magique. Ces foulards sont bien sûr difficilement accessibles. On se retrouve ainsi dans un jeu de réflexion avec dose de plates-formes. Et évidemment, le but est de jouer à deux.


Une princesse de feu, un prince des glaces

Un jeu pour deux, avec un loupé technique enfin réparé...

Les férus de la Saint Valentin pourront ainsi partager ensemble cette mission chacun incarnant un personnage. Mais attention aux embrouilles, le jeu pousse loin la difficulté et nécessite, d'une part, de sacrément bien se coordonner, d'autre part d'être à l'écoute de l'autre quand la solution n'est pas évidente. Cette complémentarité dans un jeu de plate-forme n'est pas inconnue et nous avait déjà marqué il y a quelques années avec le primé Tiny White Stones, dans le même genre d'univers féerique d'ailleurs, à cette différence près qu'on incarnait un frère et une soeur. 

Mais une mauvaise surprise attendait les joueurs et joueuses PC : vous n'avez qu'une manette ? Vous vous dites que l'un jouera au clavier et l'autre à la manette. Logique. Eh bien non. Ça ne marchait pas. Votre clavier était détecté, on pouvait jouer seul au clavier, mais quand vous branchiez une manette, le jeu vous demandait d'en brancher une seconde pour activer le second personnage ! Quel loupé ! Les développeurs travaillaient heureusement à une mise à jour, qui est enfin arrivée le 11 mars.

En attendant, une solution un peu précaire avait été mise en place. Il fallait sélectionner propriétés sur Degrees of Separation dans steam, puis aller dans l'onglet "Bêta", puis sélectionner "Public Beta". Alors, une fois dans le jeu, vous pouviez jouer à deux sur le même clavier. Finalement, tout est désormais en ordre, on peut jouer l'un à la manette, l'autre au clavier ou les deux à la manette. Petite chose étrange cependant, quand l'un est à la manette et l'autre au clavier, on doit utiliser les flèches et JK plutôt que ZQSD, sans possibilité de personnalisation des commandes. Un peu dommage.

Fort heureusement, ce n'est pas pour y jouer à deux que je m'étais intéressée à Degrees of Sepration. C'est sa féerie, son univers et ses mécaniques géniales qui m'attiraient et j'avais bien raison.


Cinq mondes en plus du château, avec des mécanismes spéciaux pour chacun : dans les Montagnes Calcinées, l'explosion.

...et finalement bien mieux en solo

Car Degrees of Separation, c'est avant tout un de ces superbes jeux de réflexion, avec dose de plates-formes, comme on les aime, conté en prime dans ce bel univers magique et féerique décrit plus haut, et doté d'une réelle trame scénaristique assez intrigante.

Le principe de base est assez géniale. Nos deux héros séparés par une ligne se trouvent dans l'univers de feu pour l'une, de glace pour l'autre. Ces univers vont évidemment avoir une influence sur l'environnement : l'eau qui se solidifie, des souffles qui propulsent, des lanternes qui montent ou descendent, des roues que l'on transforme en gigantesque boule de neige, des plaques mouvantes. Pour récupérer les foulards dont je parlais au début, il nous faudra jouer de ces mécanismes. Eh bien on va en jouer à l'infini de ces mécanismes.

Il est en effet fascinant de voir à quel point le studio Moondrop a exploité les potentialités de son jeu. Après avoir accédé à un château un peu labyrinthique et exploré un premier monde somme toute assez large, on s'aperçoit que pas moins de quatre autres mondes gigantesques nous attendent, avec en moyenne 25 foulards dans chacun d'entre eux ! Ça en fait des paquets d'énigmes ça...


Dans la Forêt Montante, le pont magique.

Et dans chacun de ces mondes ont été ajoutées des spécificités qui poussent le jeu vers des sommets. Ainsi, dans l'un d'eux, les Montagnes Calcinées - il n'y pas vraiment d'ordre, donc je les cite comme je les ai faits - lorsque vos héros se touchent, une explosion se produit et les projettent selon leur angle de touche. On peut aussi produire cette explosion à volonté en appuyant sur E quand on est à une distance proche. Autant vous dire que cela ouvre de nombreuses possibilités, notamment en termes de hauteur ou longueur de saut. Et il va falloir ouvrir notre esprit à toutes ces potentialités pour attraper les fameux foulards. Car Degrees of Separation met la barre très très haute dans la deuxième moitié de chaque monde. On s'arrache les neurones et on remet parfois même le jeu au lendemain pour y voir plus clair tant la solution est parfois complexe. Progressivité et haut niveau de difficulté associés, voilà l'éternelle recette miracle de ce genre de jeux !

Dans la Forêt Montante, nouveau pouvoir et nouvelle idée totalement inattendue, exit les explosions, désormais, nous pouvons créer une sorte de pont infini à l'exact endroit où se trouve la ligne de séparation de nos deux héros. Ceux qui aiment un minimum la géométrie réalisent immédiatement à quel point l'angle de cette ligne peut varier à l'infini. Il y a 360° dans un cercle, donc 360 positions possible pour cette ligne. À nous de placer Ember et Rime où il faut, à la hauteur qu'il faut et à la distance qu'il faut pour créer le pont qu'il faut. Puis, ce sera ensuite deux-trois-quatre ponts successifs que l'on créera. Là encore, les différentes énigmes vont nous emmener, loin, très loin.


Dans les Cavernes de la mémoire, la ligne disparaît, maintenant ce sont des bulles, on repart à zéro...

Dans les Cavernes de la Mémoire - les noms de ces lieux sont quand même bien trouvés et collent complètement à cet univers de conte - la ligne de séparation disparaît. Ça non plus, on ne l'a pas vu venir. Nos deux amis sont désormais dans des petites bulles ce qui va nous obliger à revoir notre copie à zéro car cela change toute la donne. S'y ajoute rapidement un boulet auquel on est enchaîné et que l'on peut faire apparaître et disparaître à loisir. Le boulet sera lui aussi entouré de la bulle et permettra donc d'étendre le pouvoir vers des zones non accessibles aux personnages. Il aura aussi d'autres utilités (cf rubriques astuces). Vraiment les développeurs ont poussé très loin leur concept !

Je vous laisse la surprise pour le reste, point n'est besoin d'aller plus avant. Foncez dans Degrees of Separation, c'est un superbe bon jeu de réflexion solo, avec un excellent niveau de difficulté et une progressivité bien menée. Il est d'ailleurs très bien pensé pour jouer seul puisqu'on peut changer à tout moment de personnage et également inviter l'un à suivre l'autre, quand il y a des passages où il faut plus se déplacer qu'autre chose. De petits raccourcis sous forme d'arches de pierre permettent aussi d'aller plus vite. Et la caméra automatique gère parfaitement la taille du zoom dans les zones d'énigme pour nous offrir la vue la plus adéquate pour réfléchir. On peut quand même à loisir éloigner nos héros d'un bout à l'autre de l'univers. Grand écran PC recommandé dans ce cas.

Les différents univers sonores et graphiques ne sont pas en reste. La douce mélodie au piano du menu nous enivre l'âme, tout autant que la flûte de la Forêt Montante, ou la voix enchanteresse qui psalmodie dans le château, ou ailleurs. Même le chant des oiseaux est d'une finesse surprenante en forêt. Le soin dans les couleurs et les détails de cet univers pourtant 2D sont aussi très envoûtants, d'autant qu'ils sont très variés et offrent des plans parfois rapprochés, parfois lointains.

Alors, fans de réflexion, foncez. Il y a du lourd et de la durée de vie : comptez ainsi autour de 25H, comme à l'ancienne, c'est classe. En prime : trois unités de sauvegarde. 


J'ai mis du temps à piger qu'il fallait rétrécir un peu, mais pas trop, la boule de neige en approchant Ember... (voir image précédente).

Quelques astuces

- En mettant Rime et Ember assez près, Ember peut marcher sur la glace avant qu'elle ne se transforme en eau.

- On peut provoquer l'explosion avec E sans que Ember et Rime ne se touchent : bon à savoir pour débloquer certains passages.

- On peut bloquer la descente d'un pilier en plaçant un personnage dessous. 

- Pensez à utiliser les explosions pour faire aussi de grands sauts horizontaux et pas seulement verticaux.

- Ouvrez grand vos yeux, certains foulards sont facilement accessibles mais un peu cachés dans le décor, notamment un au-dessus d'un souffleur isolé.

- Un même pont peut être utilisé pour plusieurs foulards. Donc, attention avant de les désactiver.


Bon à savoir aussi pour les Cavernes de la Mémoire...



A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

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