8.5/10

Forgotton Anne - Test PC

Square Enix Collective a le don de dénicher des perles. Après le majestueux Goetia sorti en avril 2016, c'est une animation allégorique aux belles mécaniques de jeu que l'éditeur nous propose : l'énigmatique Forgotton Anne.

Quand on démarre Forgotton Anne, on se croirait dans un nouveau Miyazaki, tant par le style graphique, notamment du visage de l'héroïne, que l'univers à la fois mécanisé et biologique, ou les allégories figurées par des objets dotés d'une âme. Tous ces aspects ne sont en effet pas sans nous rappeler Le Voyage de Chiiro. Mais non, c'est un studio danois qui est aux commandes, ThroughLine Games, étant précisé que son co-fondateur, Alfred Nguyen, est quand même un ancien de l'animation, ceci expliquant cela.

Et puis, le grand Hayayo Miyazaki ne participe pas (encore ?) à la création de jeux vidéo. C'est qu'on l'aurait presque oublié les premières minutes du jeu... Dans l'étonnante vidéo d'introduction, nous aterrissons dans une dimension parallèle au monde humain, dans laquelle sont projetés les objets oubliés par les consommateurs consuméristes - pardonnez cette tautologie volontaire - que les puissances de ce monde tentent de nous faire devenir. Ces objets appelés "oublions" (forgotlings), libérés du lien de propriété de l'humain qui les possédait, se découvrent alors avoir la conscience d'eux-mêmes et des émotions. Dans ce monde parallèle, il n'y a pas d'humains, à deux exceptions près : un maître des lieux dénommé Bonku et son bras armé, la jeune Anne. Bonku veut retourner dans le monde normal, l'Ether, et il y travaille dur en construisant un "pont". Mais une guerre oppose ce maître et des oublions qui lui sont fidèles à des oublions qui lui sont rebelles. Et nous sommes au milieu de ce conflit en incarnant cette jeune Anne.


Une bonne dose de plates-formes assez exigeante.

Une fois cette intrigue parfaitement présentée, les phases de jeu démarrent rapidement. Avec une certaine surprise, on évolue dans un univers 2D, à l'ancienne, comme dans Goetia (mais ce sera le seul point commun). De temps un autre, un passage nous amène en avant ou en arrière, mais ça ne va pas plus loin. C'est à 90 % de la 2D. Dans cet univers, on doit fréquemment sauter et grimper, mais aussi activer des mécanismes, résoudre quelques puzzles. Une importante partie du jeu consiste également à passer dans une dimension différente, énergétique, où grâce à un bracelet appelé Arca, on peut prendre ou déposer de l'énergie dans des générateurs ou petits réservoirs afin d'activer les mécanismes cités plus haut. Malins, les développeurs ont aussi ajouté quelques choix alternatifs, et l'on sent bien que l'on aura alors la responsabilité de modeler la personnalité de l'héroïne avec nos choix, comme on le faisait avec Clémentine dans The Walking Dead, et évoluer ainsi dans un personnage qui devient progressivement à notre image.


Manipuler l'énergie et activer des mécanismes.

Ainsi, avec cette diversité de genres bien imbriqués les uns aux autres, c'est tout qui nous envoûte dans Forgotton Anne : son intrigue allégorique, avec en point orgue la scène terrible où les déchets de l'Ether déferlent dans le monde des oublions, son aventure passionnante où l'on n'arrive jamais à savoir où est le juste camps (Bonku ou les rebelles ?), ses mécaniques variées, associant plates-formes, réflexion, exploration et une dose de choix de dialogues alternatifs. Les planches graphiques ne sont pas en reste malgré l'univers 2D. Entre ses jeux d'ombre et de lumière, l'apparition ponctuelle d'un lieu biologique, les quelques séquences animées, et une excellente gestion de la caméra qui zoome ou ouvre le champ de vision aux bons moments - de jeu ou juste pour admirer - l'immersion se ressent pleinement. L'excellente interprétation des nombreux acteurs et la splendide bande-son proposée par l'orchestre philharmonique de Copenhague permettent de parachever cette immersion et de nous rappeler régulièrement ce merveilleux ressenti initial de non seulement regarder mais aussi et surtout vivre une oeuvre animée de haut vol. 

Pour autant, pas d'inquiétude pour les joueurs et joueuses invétérés qui veulent un vrai jeu où ils ont le sentiment d'agir : comme dit plus haut, l'expérience de jeu oscillera entre plates-formes, puzzles et exploration, avec un niveau de difficulté tout à fait respectable. On doit régulièrement s'y reprendre à plusieurs fois dans certains passages ou rester plusieurs minutes planté au milieu d'une salle à se demander quoi faire. La partie plates-formes est même assez approfondie lorsque le jeu nous permet d'acquérir des ailes mécaniques.


À la fois un jeu et une oeuvre animée de haut vol...

Côté durée de vie, le studio ThroughLine Games évite le trop fréquent écueil de se cantonner à 5-10H. On dépasse même le seuil des 10H pour frôler les 15H, voire plus si vous rejouez beaucoup de passages.  

Quant à la fin, cette partie toujours périlleuse dans ce type de jeux à alternances, j'avoue avoir été bien bluffée. On pense initialement avoir affaire à un simple dilemme, le classique dilemme des jeux à deux fins. Ce dilemme reste dans la continuité du jeu, bien dur à résoudre et c'est assez difficilement qu'on fait notre choix final. Evidemment, on se précipite ensuite pour faire l'autre fin. Notez au passage que le jeu propose un très bon mécanisme de rejouabilité de tous les passages du jeu dans le menu, une fois le jeu fini une première fois. Il y manque seulement le fait de pouvoir accélérer les dialogues. Dommage.

C'est alors qu'on réalise, en essayant l'autre fin, que dans Forgotton Anne il n'y a en définitive qu'une seule vraie fin, une seule true ending. Mais à l'image de Zero Escape, pour bien comprendre cette true ending, il faut avoir joué l'autre. Franchement, je ne l'ai pas vu venir et ne comprenais d'ailleurs pas très bien la signification de la 1ère fin. 

Vient alors un questionnement : ayant choisi d'abord la fausse fin, je ne sais pas ce qu'il se passe si l'on choisit immédiatement la true ending. Mais une chose est sûre, on ne peut pas tout saisir sans avoir joué les deux. Reste un dernier doute : je me demande s'il n'y a pas quelques autres fins cachées, selon certains choix faits auparavant dans le jeu. À vous, chers lecteurs-trices, de le découvrir.

Conclusion

Avec Forgotton Anne, vous vivrez une expérience de jeu particulièrement inédite : un conte allégorique dans la veine des "Miyazaki", associant de façon bien menée et équilibrée plates-formes, puzzle, exploration et scénarios alternatifs. Vous ne pourrez sortir qu'émus de cette histoire éloignée de tout manichéisme, et abordant des thèmes particulièrement profonds et variés. Il sera bien difficile de lâcher votre PC avant la fin.

Incontournables "oublions" inoubliables.


... qui n'est pas dans nous évoquer les oeuvres de Miyazaki autant sur le fond que la forme.
    

A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

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