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Life is Strange 2 : Épisode 5 - Test

Le 3 décembre dernier, est enfin sorti le dernier épisode de Life is Strange 2. Pas spécialement attendu en ce qui me concerne, la classique envie de connaître la conclusion m'a fait m'atteler à mon clavier une dernière fois sans trop de réticence.

Et, ô surprise, car je ne m'y attendais plus, cet ultime épisode m'a embarquée comme un vrai Life is Strange sait le faire. Une introduction paisible et tranquille mais pas trop longue, un excellent clin d'oeil au premier opus qu'on n'espérait plus, bien qu'annoncé au début du jeu par la question "qu'avez-vous choisi à la fin de Life is Strange ?", une situation critique aux deux tiers de l'épisode, quelques vraies scènes d'action de jeu comme il aurait dû y en avoir tout au long de Life is Strange 2, et pour conclure quatre fins pas trop ratées, même si les développeurs tombent dans leur ancien travers de nous faire sentir qu'il y en a une meilleure que les autres.

Passons sur l'introduction, tout en soulignant néanmoins qu'elle a le mérite de faire une vraie transition là où les autres épisodes ne le faisaient pas, surtout le 3, ce qui nous avait obligé à nous farcir 30 pages de journal. Étape 2, on voit débarquer un ancien personnage de Life is Strange, ni trop secondaire, ni trop principal, et suffisamment bien choisi pour avoir des nouvelles de nos héroïnes préférées (sauf si vous aviez choisi de sauver Arcadia Bay, auquel cas, vous n'aurez pas de nouvelles de Chloé puisqu'elle est six pieds sous terre). Vous l'aurez compris, je n'avais donc pas sauvé Arcadia Bay, pour la raison très simple exposé dans notre petit dossier Life is Strange. Avec l'apparition de ce personnage, les scénaristes réussissent alors avec le talent qui peut être le leur, non seulement de nous donner une sorte de vrai épilogue à Life is Strange dont on avait été avec douleur amputé par la fin complètement ratée, mais aussi de raccrocher les wagons avec ce Life is Strange 2. Ce raccrochage est ténu, forcement, car les deux histoires n'ont aucun lien, mais il est authentique et bien pensé. Autant dire que ce passage est très réussi.


Vous le reconnaissez ?

Étape 3, ce qui est prévu depuis le début arrive assez vite. Nos deux compères filent vers le Mexique. Sans réelle surprise, y parvenir est bien plus difficile qu'on le souhaiterait, mais à nouveau, les développeurs soignent suffisamment les scènes et le scénario pour nous propulser dans ce qui ressemble peu ou prou au supplice de Tantale : au moment où on croyait vraiment y arriver, tout s'écroule. Schéma hyper classique (Tantale, ça date de l'Antiquité grecque les copains, donc des milliers d'années d'histoire humaine), mais on est complètement pris dedans. De plus, on pensait que ça allait capoter plus tôt, pas à ce moment-là, donc l'effet de stress fonctionne à fond.

Étape 4, quelques scènes de vraies actions de jeu apparaissent enfin. Cet épisode nous donne ainsi à voir ce qu'aurait pu être Life is Strange 2 tout du long. Plus d'une fois, on s'était ennuyé parce qu'on n'avait plus ou moins rien à faire, et qu'à côté du 1er opus, il y avait de la sorte une grosse lacune. Le message semble avoir été entendu. Dans la partie où nos deux jeunes héros se font choper par les flics (encore), de très nombreux choix importants sont proposés pour faire agir Daniel. Mieux encore, il y a belle une scène d'action avec temps limité toujours axée sur le pouvoir de Daniel. C'est là qu'aurait dû être le coeur du jeu comme le pouvoir de Max était le coeur de Life is Strange. On en avait eu un certain aperçu dans l'épisode 2, mais ça s'était tellement émoussé puis effacé par la suite, que le jeu en avait perdu son essence et son esprit. L'esprit de Life is Strange est ainsi retrouvé avec ce dernier épisode, tant et si bien que j'ai refait certains passages. Pour ce genre de jeux narratifs à scénarios alternatifs, dites-vous bien que le signe révélateur de la réussite , c'est si vous avez envie de rejouer certains passages pour voir ce qu'il se serait passé si vous aviez fait un autre choix (en dehors de la fin bien sûr). Ici, bingo, c'est le cas, avec les bons outils qui vont bien : le chapitrage, le choix d'une autre sauvegarde quel que soit le point où on rejoue et la possibilité de passer scènes et dialogues déjà jouées. 


Saurez-vous trouver cette photo empreinte de nostalgie ?

Étape 5, des fins réussies, dotées d'un sens, loin de l'absurdité de la fin de Life is Strange (une très belle démonstration d'un internaute expliquait clairement comment elle tombait dans le piège du dilemme du tramway de la philosophe Philippa Ruth Foot). On n'a que deux choix, mais première subtilité, il y a quatre fins, avec un variante supplémentaire sur une des fins . Pourquoi ? Car les développeurs, en toute cohérence avec leur idée centrale basée sur le fait qu'on a façonné la personnalité de Daniel depuis 5 épisodes, ajoutent la variante du choix de Daniel. Ainsi, sur les deux choix proposés, s'ajoute la variante du choix de Daniel qu'on ne maîtrise pas bien sûr. En clair, il y a ainsi : je choisis A, Daniel aussi ; je choisis A, mais Daniel choisis B, ; je choisis B, Daniel aussi ; je choisis B, mais Daniel choisis A. Evidemment, je me suis retrouvée dans la configuration intéressante que Daniel ne choisisse pas la même chose que moi. Effet de surprise en pleine face, plein de questions qui s'ensuivent forcément, et un paquet d'émotions contradictoires. Avec un peu de recul, on y voit là un profond réalisme. Les valeurs que les plus grands transmettent aux plus jeunes aboutissent bien souvent à des choix diamétralement opposés aux nôtres et ces plus jeunes vont démontrer pour autant avec précision que ces choix ne font que correspondre parfaitement aux idées et aux valeurs que vous leur avez transmises. Certains paramètres et une différence d'angle de vue font juste que le choix est opposé ou différent.


Vas-y, mais vas-y avant qu'un problème n'arrive ! Le supplice de Tantale...

Vraiment sur ce coup-là on peut dire bravo à DONTNOD, même si dans la construction du jeu, les choses ont dû être assez simples. Si tout le long du jeu, on n'a pas trop fait briser la loi à Daniel et qu'on lui donne un certain niveau de moralité, à l'évidence, sur la fin, il fera le choix de se rendre et inversement. Vu qu'il est un enfant, c'est pour ça que c'est assez simple. Sauf que pour nous, qui incarnons Sean avec notre esprit plus adulte, même si on a façonné Daniel avec de l'honnêteté, va-t-on pour autant se rendre et assumer des crimes que l'on n'a pas commis ? Qui, avec toute l'honnêteté du monde, accepterait de se faire injustement condamner pour meurtre, double incendie volontaire, destruction de bien, et j'en passe, alors qu'il est innocent et le tout sans preuve réellement tangible ?

Et c'est là que DONTNOD chute une dernière fois, avec un des mêmes travers que la fin de Life is Strange (car il y en avait plusieurs des ratages de fin dans cet opus) et son défaut récurrent de nous faire la morale. Ainsi, on sent encore, avec un profond agacement, que DONTNOD donne encore sa préférence à une fin plutôt que les autres et donc à une morale un peu convenue. Et le choix en question auquel le jeu semble donner tous les honneurs, c'est celui du choix de se rendre. Si vous faites ce choix et que Daniel l'approuve, alors, on a droit à un épilogue bien en longueur, montrant toutes les étapes de l'avenir de nos deux héros, jusqu'en 2033, pas moins, avec moultes détails et scènes aussi attachantes les unes que les autres. Au passage, je note à quel point j'avais raison de refuser que Sean se rende quand on voit les années de taule qu'il se paie pour des crimes qu'il n'a pas commis. Mais vous me direz, au moins là-dessus le jeu est parfaitement réaliste sur les énormes failles du système judiciaire américain, son caractère arbitraire et ses peines d'une longueur digne de certaines dictatures.


Ils nous font suer à privilégier des fins par rapport à d'autres.

À l'opposé, si vous ne faites pas le choix de vous enfuir (avec opposition de Daniel par exemple), ah ben là, c'est tout autre chose. L'épilogue n'est certes pas aussi court que dans la soi-disant mauvaise fin du premier opus, mais il l'est quand même beaucoup plus qu'avec l'autre choix et il est vite bouclé avec très peu de scènes familiales. Quant aux deux autres fins où Daniel n'est pas suffisamment "bien élevé", ben elles tournent quand même sacrément mal, l'une des deux encore plus que l'autre. Un peu trop simpliste tout ça, comme s'il suffisait d'être honnête pour éviter que la vie tourne mal et réciproquement.  

Bref, on a le sentiment que DONTNOD nous dit : "Assume tes conneries, si tu veux avancer dans la vie", sauf que l'histoire de Sean et Daniel ne s'y prête pas du tout et que la vie n'est en réalité pas si simple. Dommage.

Conclusion pour l'ensemble du jeu

Sans hésitation mais avec regret, on constate en définitive que Life is Strange 2 n'atteint ni l'intensité, ni le brio de son prédécesseur, du fait de ses lacunes dans les actions de jeu et d'un scénario trop décousu et trop survolé dans les thématiques aussi trop nombreuses qu'il aborde, le faisant passer parfois pour une sorte de brochure d'information sur les problématiques sociales de la société américaine. On suit quand même l'odyssée de ces deux jeunes garçons attachants jusqu'au bout, que le dernier épisode redresse, avec le talent dont DONTNOD peut être capable et quatre fins subtiles, où toutes les actions passées de nos choix sur Daniel et nous-mêmes auront leurs conséquences. Une aventure touchante vous attend avec quelques moments forts mais aussi trop d'ennui, deux épisodes sur les cinq ne valant pas le coup du tout. À vous de voir si vous pouvez faire avec.


Le bonheur est fait de moments aussi intenses qu'éphémères, mais bien réels.

A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

    3 commentaires

    • dark_magician

      17/02/2020 à 10h56

      Répondre

      J'ai emmené les 2 au mexique, ce n'est pas vraiment une très bonne fin car ils sont encore dans une situation d'insécurité, c'est un pays assez violent. Mais au moins ils resteront ensemble à affronter les épreuves de la vie. C'est toujours mieux que la fin injuste où Sean se rend avec un Daniel honnête , il paye pour tous les crimes qu'il n'a pas commis, une fin bien moralisatrice comme je n'apprécie pas . En fait les fins ne sont pas si subtils que ça, le choix de Daniel depend que de 2 paramètres, soit il privilégie le lien du sang , soit il reste honnête et respecteux des lois , il n'y a pas de juste milieu. C'est dommage parce qu'on remarque , comme tu l'as dit , qu'une fin est meilleure que les autres. En conclusion, je suis d'accord pour dire que LIS 2 est moins intense et fun que LIS1 . J'ai apprécié la surprise en rapport avec le premier opus.

    • dark_magician

      17/02/2020 à 11h09

      Répondre

      Une chose m'a dérangé dans le jeu et je l'ai reproché au studio, c'est de nous faire comprendre que priviléger des choix de fraternité , c'est choisir la mauvaise voie. Or , ils ont basé le système d'éducation de Daniel sur seulement 2 critères : la fraternité ou la morale. Si on a choisis une majorité de choix "fraternité" sans pour autant trangresser la loi, on se retrouve avec un Daniel mauvais comme à la fin de l'épisode 4. C'est déconcertant et incompréhensible et surtout pas réaliste du tout.

    • Islara

      25/02/2020 à 08h37

      Répondre

      C'est intéressant ce que tu dis. J'avais perçu les choix par rapport à l'alternative de respecter ou de transgresser la loi (ou la morale ou une éthique). Je ne m'étais pas aperçue que les choix qui transgressaient la loi correspondaient beaucoup à ceux de la fraternité, ce qui est comme tu le dis assez absurde et pas du tout réaliste.
      Les scénariste auraient peut-être dû laisser un peu plus de côté tout ce qui est choix moraux et faire des fins plus affinées et variées. Mais cela nécessitait un épilogue plus long et détaillé. C'est ce qui manque d'ailleurs autant à l'opus 1 qu'à l'opus 2.

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