6.5/10

Life is Strange : Before the Storm - Test PC

La simple idée du retour de la magie Life is Strange (sorti au complet le 19 décembre 2017) en a réjoui plus d'un-e, même si on était sur nos gardes vu le changement de studio développeur. Résultat des courses : cette préquelle se dévore comme un très bon roman dotée d'une conclusion réussie, même si au final le jeu n'a vraiment rien d'extraordinaire.

Avant la sortie du jeu, soyons honnêtes, on craignait largement que  le studio successeur ne parvienne pas à conserver la magie de cet univers si particulier. Le moins que l'on puisse dire, c'est que Deck Nine a réussi là un bel exploit tant, finalement, on retrouve toute la magie du jeu. Before the Storm est en effet ultra fidèle à l'oeuvre d'origine, il en serait même presqu'un clône si l'histoire ne se situait pas trois ans avant (ici, on se situe en mai 2010 - dans le Life is Strange on était en octobre 2013). Tous les mécanismes qu'ils soient formels ou de fond ont ainsi été repris. Je dis bien tout, vraiment tout, c'est un peu hallucinant d'ailleurs.

Sur la forme, on peut citer la présentation du menu, l'univers graphique, les commandes, les sonorités, la reprise pour moitié de lieux déjà connus, le système de sauvegarde, la collection de tags (à la place des photos), le journal, les textos et les mails qui fourmillent un peu partout. Sur le fond : une histoire psychologique, centrée sur trois jeunes femmes, deux présentes, une troisième omniprésente par son absence (ici la grande absente c'est Max mais elle est omniprésente dans le journal et un peu les textos ; dans Life is Strange , c'était Rachel, qu'on passait presque tout le jeu à essayer de retrouver) ; une catastrophe naturelle sous-jacente : une tornade dans le 1er opus, ici un incendie sur des centaines d'hectares ; la présence d'un nombre certain d'anciens personnages comme le tragique Nathan, un fugace Warren, Victoria, Justin, la désamparée Joyce, David, le doux Samuel, le pas si dur Franck, le directeur etc...


Chloé bien gratinée, voyez plutôt....

Deck Nine ne pouvait pas prendre de risques, vu sa position. Un certain mérite lui revient donc d'avoir su rester à ce point fidèle. Bien joué car le résultat est là, on a le savoureux sentiment de reprendre le  même jeu, et c'est d'autant plus agréable qu'on avait vraiment envie de ne pas rester sur la fin terriblement ratée du 1er volet. Autre mérite du studio ou des scénaristes : les dialogues, les textes du journal, des textos, des mails et les scènes ont aussi été particulièrement soignés et fouillés. Chapeau bas, entre autres, pour la scène de théâtre de l'épisode 2 qui ne revisite pas moins qu'une pièce de Shakespeare, The Tempest ! Il fallait oser quand même, c'est du jamais-vu dans en jeu vidéo, et la magie prend tant la scène verse dans une intensité émotionnelle inattendue dont on est acteur-trice, et pas seulement spectateur-trice.

Les scénaristes parviennent ainsi à nous immerger dans cette nouvelle histoire tout en conservant sa base essentielle, le fait qu'un lien fort avait uni Rachel et Chloé. LiS avait été plus d'une fois explicite sur ce point, c'était incontournable. La romance se développe certes largement plus vite qu'entre Max et Chloé, mais c'est bien mené. Elles tombent à pic l'une pour l'autre et trouvent dans leur relation un baume apaisant de leurs souffrances respectives. La part laissée aux joueurs-euese n'en est pas pour autant laissée de côté. Nos choix définiront si cette histoire tournera vers une idylle amoureuse ou restera une amitié intense et profonde, la frontière étant de toute façon extrêmement délicate à définir, surtout après l'intense scène de théâtre de l'épisode 2 que je viens d'évoquer. Seul l'éternel baiser marquera finalement cette délimitation. Il sera d'ailleurs plus ou moins long selon vos choix passés.

Certain-es trouveront peut-être que Chloé a été particulièrement gratinée. Après tout, mis à part le décès prématuré de son père et le départ de super Max, elle n'avait pas beaucoup de raison de tomber à ce point dans la misanthropie, l'absentéisme scolaire, l'alcool et le shit. Il y a des mômes dans la vraie vie qui ont vécu bien pire et ne tournent pas aussi mal. Mais franchement, vu sa personnalité dans le 1er volet, il ne pouvait en être autrement ici. Le jeu fait bien de dire au début qu'il n'encourage pas les actions des personnages, mdr... Paradoxalement, Chloé s'avère parfois presque trop calme dans certaines situations où on attendait plus d'éclats de voix, et elle apprend bien vite ses textes de la pièce shakespearienne pour quelqu'un qui ne dort pas la nuit et s'imbibe de shit. Finalement, c'est Rachel qui se révèle plus torturée, instable et dangereuse que Chloé : sa "descente" est particulièrement fulgurante, même si le vent de la révolte semblait sourdre en elle depuis un moment. Après tout, ne l'oublions jamais, la vérité refait toujours surface, et plus cela se fait tard, plus les dégâts sont graves, surtout quand les secrets et mensonges tombent à l'adolescence... Il ne faut jamais mentir aux enfants. Le scénario est particulièrement authentique sur cet aspect de la personnalité de Rachel.


La scène la plus brillante du jeu : une pièce de Shakespeare revisitée dont on est pleinement acteur-trice.

Bref, le scénario tient bien la route, avec des scènes intenses, de bons coups de théâtre de fin d'épisode et une bonne intrigue, qui associe drames familiaux à plus ou moins grande criminalité. On regrette seulement parfois la lenteur des dialogues, comme si on avait appuyé sur le bouton ralenti d'une télécommande entre deux répliques. De même, la trop grande fixité des expressions de visages casse un peu l'ambiance, ainsi qu'un manque d'intensité ponctuel dans les intonations de certaines scènes, comme je l'ai dit un peu plus haut.

Mais là où le bât blesse vraiment, c'est sur les phases de jeu. Certes les différents choix d'action ou de dialogues sont nombreux, cruciaux, leurs conséquences et variantes importantes, on a plus d'une fois de grandes hésitations, parfois même on se plante et on se dit qu'on aurait dû faire autrement vu comment les choses tournent. Donc sur ce point, on apprécie. Sauf que c'est tout, il n'y a pas grand chose d'autres. Les phases d'exploration restent peu nombreuses et sommaires, l'enquête ou les énigmes inexistantes, ce qui est très frustrant par rapport au 1er opus. Before The Storm devient ainsi juste un très bon visual novel. On n'a rien contre les visual novels, au contraire. Mais, eh, on parle de Life is Strange quand même, un jeu de premier rang, aux mécaniques complexes, qui a conquis un sacré paquet de joueurs-euses en tout genres, malgré sa fin absurde et ratée.

Certes, il était impossible de remettre les voyages dans le temps, privilège inexpliqué de notre chère Max. Mais les phases de conviction qui les remplacent - appelé "défis d'insolence", mais qui n'ont pas grand chose d'insolent- ne sont rien de plus qu'un choix de textes et n'ont rien d'intense. D'une, ils ne reviennent pas très souvent ; de deux la réflexion qu'ils sollicitent ne va pas bien loin, contrairement aux astuces qu'il fallait développer avec les retours dans le temps ; de trois, certaines propositions sont très hasardeuses ou nébuleuses. Franchement, Deck Nine aurait pu largement trouver autre chose et ajouter d'une manière ou d'une autre des actions de jeu où on a le sentiment d'agir : de l'action/survie contre les trafiquants, de la vraie exploration, un mini-jeu, que sais-je ? Ou alors carrément développer et animer les deux phases de jeux de rôle optionnelles très sympathiques qui ont été proposées.


Les défis de conviction peinent à remplacer les retours dans le temps.

Terminons sur la fin, sans la dévoiler bien sûr. Avant l'épilogue et le choix à faire, elle est carrément elliptique comme si des scènes avaient été coupées, mais globalement Deck Nine évite la plupart des erreurs dans lesquelles était tombé DONTNOD. D'abord, il y a trois fins, et pas seulement deux. Nous y reviendrons. Ensuite, sur un beau déroulé relativement long, on découvre ce que deviennent tous les personnages secondaires grâces aux conséquences de nos choix passés. Dans le 1er volet, ils n'avaient eu aucune influence finale ce qui s'avérait assez frustrant. De plus, cette chouette cinématique donne un bel aperçu des parcelles de bonheur que Rachel et Chloé s'offriront mutuellement pendant deux ans et demi (alors que le bonheur de Max et Chloé, on l'attend toujours). Enfin, Deck Nine n'est pas tombé dans la fausse piste de l'absurde "dilemme du tramway" et ça fait du bien. S'il y a bien un dilemme finale, un choix unique à faire entre deux options, il a largement plus de sens. Il n'est en revanche pas très cornélien même si un perso tente de se faire l'avocat du diable, presque trop d'ailleurs. Car c'est un peu incohérent que ce personnage précis nous pousse soudain dans ce mauvais sens. Mais il n'y a rien de véritablement raté car ses arguments sont particulièrement tentants et convaincants. On sous-pèse à nouveau la dialectique mensonge/vérité et c'est très bien que ce soit ce thème en toile de fond.

Revenons sur les trois fins. Disons qu'il y en a deux en fait, mais avec une variante de taille sur l'une des deux, c'est pourquoi à mes yeux, il y en a trois. Le dialogue final sera crucial pour accéder à cette variante secrète - 14 % à ce jour ont réussi - et il faudra particulièrement bien méditer ses choix, en plus de bien explorer les pièces dans l'épisode (voir solution à la fin). Avoir imposé ce défi final donne à notre expérience de jeu plus d'intensité que jamais. Cela aboutit certes à ce qu'il y ait une meilleure fin par rapport aux autres, ce qui reste toujours un peu gênant, mais vu qu'elle a plus de sens et est amenée sous forme de défi, ça passe beaucoup mieux, d'autant que la durée de chaque fin est équivalente ; ce n'était pas le cas dans le 1er opus.

En définitive, la vraie seule grosse connerie de Deck Nine , c'est d'avoir rendu impossible de rejouer la fin sans recommencer tout l'épisode 3 ! Alors que DONTNOD avait judicieusement introduit un chapitrage après qu'on a fini le jeu une première fois, nada dans Before The Storm. L'horreur ! Le mode collectionneur ne compense pas car on n'y revoit pas les fins. Gros loupé technique de Deck Nine sur ce point. Il faudra vous rabattre sur les vidéos en ligne pour savoir ce qu'il se passe dans les autres fins que vous n'aurez pas vues. Quel dommage !

Conclusion

Si vous ne voulez pas rester sur l'absurde fin ratée de Life is Strange, si Max et Chloé vous manquent, Before The Storm est incontournable. Sa fidélité à l'oeuvre originale vous comblera : c'est un vrai bonheur de retrouver tout cet univers et son petit monde, ainsi que son intensité scénaristique et émotionnelle, jamais égalée même pas par la série The Walking Dead. Sa fin bien menée avec un ultime défi de dialogues et une belle et longue cinématique en épilogue, vous laissera une beau sentiment de sérénité et de nostalgie. 

Sachez seulement, que Before The Storm ne sera pas grand chose de plus qu'un très bon visual novel - plus façon Telltale Games que façon japonaise - où les dialogues pêchent parfois par une certaine lenteur, où les visages manquent encore plus d'animation que dans l'oeuvre originale et où la bande-son n'arrive pas à la cheville du 1er volet. Quant au changement d'actrice pour Chloé, bizarrement, on s'y fait très vite.


Rachel, finalement plus torturée...

Informations complémentaires

- Durée de vie : 2H-2H30 par épisode en moyenne, donc 7H au total ; ajoutez 3H de rejouabilité pour essayer les variantes, sauf les fins. C'est honnête pour le prix.

- L'épisode bonus avec Max ("Adieux") de la version deluxe ne sortira que le 6 mars 2018 ; il fera l'objet d'un test séparé.

- Attention, comme dit plus haut, il est impossible de recommencer le jeu en cours d'épisodes par chapitre. Grosse erreur technique de Deck Nine, alors que DONTNOD avait créé un chapitrage quand on avait fini le jeu une première fois. Faites donc très attention à vos choix vu qu'il y a trois fins et un certain nombre de mini-vriantes finales en plus.

- La version physique sortira le 9 mars 2018 (40 €) en même temps qu'une version collector vinyle (70 €). Cette dernière inclura : 

  • La saison complète (épisodes 1-3).
  • La bande originale au format vinyle exclusif.
  • L'artbook au format physique contenant des illustrations
  • Le CD de la bande originale
  • Le coffret de présentation exclusif de l'Édition Collector.
  • L'épisode bonus « Adieux »
  • Le mode Compil : créez votre propre playlist à partir de la bande originale l'écouter en regardant les cinématiques du jeu.
  • Le pack de tenues
  • Le premier épisode de Life is Strange.

On aurait largement préféré un tel coffret pour le 1er volet, dont la majestueuse bande-originale se fredonne toujours dans nos esprits...

Solution du dialogue final pour accéder à la 3ème fin secrète

Vu qu'il est impossible de refaire la fin sans rejouer tout l'épisode, vu que des divergences circulent sur le net, et vu que le forum d'un site très connu a carrément supprimé le sujet sur ce point, j'ai décidé de poster la solution avec deux précisions importantes : 

1) Inutile de demander le bracelet à Rachel dans l'épisode 2 (ce qui, en plus, vous prive de la belle scène du baiser) ; mais si vous l'avez, alors donnez-le ;

2) Ne surtout pas parler des lettres, ce qui aurait pu sembler logique (ça a été ma connerie d'ailleurs, j'ai loupé la fin secrète à cause de ça).

Réponses à donner (testé et vérifié, ça marche) :

- Vous connaissez mon nom ?

- Savoir quoi ?

- Je ne comprends pas

- Elle mérite de vous recontrer

- Tout le monde est brisé  

- J'ai perdu mon père

- Rachel a besoin de vous

- Mon père n'était pas parfait

- Vous ne voulez pas la voir ?

- Ne partez pas (ou donner le bracelet).

A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

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