9/10

Spirit Hunter NG - Test PC

Un an après la sortie du brillant Death Mark, le studio Experience associé à l'éditeur de confiance Aksys Games, propose de poursuivre les légendes de l'épouvante japonaise avec Spirit Hunter : NG. Toujours un visual novel, toujours en anglais uniquement, il nous démontre une fois de plus qu'il vaut mieux éviter d'acheter des poupées pour Noël.

Comme son prédécesseur, Spirit Hunter : NG est l'exact équivalent en jeu vidéo du thriller d'épouvante, avec touche d'horreur, si ce n'est que c'est un visual novel, ou roman  graphique, genre propre à nos amis japonais et qui mélange jeux vidéo de réflexion, avec beaucoup de textes et une dose plus ou moins importante de scénarios alternatifs et d'action. Reprenant en l'occurrence tous les poncifs de l'épouvante, en termes d'univers, de thèmes, de personnages, le jeu nous embarque avec brio dans une nouvelle aventure glauque, parfois répugnante, effraiera les âmes les plus sensibles, et marquera néanmoins les plus aguerris en termes de jeu d'horreur.

Pas véritablement la suite de Death Mark, car on n'y retrouve aucun des personnages - vous noterez néanmoins qu'il y sera fait plusieurs fois référence tout en relatant rapidement d'autres histoires inédites, ce qui laisse entrevoir beaucoup d'autres jeux à venir - il en reprend en revanche tous les mécanismes avec quelques améliorations ou variantes. Mais ce qui compte avant tout, c'est cette nouvelle histoire captivante dans laquelle Spirit Hunter  : NG nous transporte avec le même génie.

Cette fois-ci, le héros que nous incarnons reçoit, non pas une marque, mais une carte postale totalement noire dotée d'un texte énigmatique. Alors, les ennuis commencent et d'affreuses mâchoires ensanglantées lui dévorent le corps de l'intérieur, jusqu'à ce qu'il ait affronté des spectres et apaisé leur colère, le tout mené de main de maître par une nouvelle poupée maudite, Kakuya, qui veut jouer avec notre héros. Et pour obliger celui-ci - un jeune adulte un peu renfermé et accoutré dans le style gothique - à jouer, elle kidnappe sa jeune soeur dans un monde parallèle. Là, au moins, à la différence de Death Mark, on sait dès le départ qui est l'ennemi à abattre.


Une poupée commet un rapt.

Comme dans Death Mark, nous voilà alors plongés dans différentes histoires, cinq au total, pour comprendre des spectres mortels effrayants, découvrir leur tragique destin et le chemin terrifiant qui les a amenés dans l'état épouvantable où ils se trouvent, pour pouvoir ensuite les affronter. Ainsi, il ne s'agira pas de les tuer comme de vulgaires méchants, mais de découvrir à travers leur tragique ou tortueux parcours comment soit les détruire soit apaiser leur colère vengeresse pour les laisser enfin reposer en paix. On a donc toujours les deux méthodes alternatives d'affrontements et dont les conséquences seront différentes pour la suite de l'histoire. Il est néanmoins recommandé de privilégier comme pour Death Mark la méthode "apaisante" pour avoir accès à la bonne fin et ne pas voir les autres personnages tomber comme des mouches. Vu le nombre limité de sauvegardes (quatre seulement sur steam), soyez d'ailleurs attentifs, après un affrontement, à ne pas écraser le point précédent, mais à sauvegarder dans une autre unité.

Ce qui m'amène à la partie purement technique du jeu. Le studio Experience, inébranlable, maintient sa précédente recette : désert graphique vs bande son sublissime. Pas la moindre vidéo, des images en nombre très limité et quasi-fixes, seulement dotées de temps à autre de quelques zooms, aucune image des objets (il faut donc se coltiner la description, en anglais uniquement je le rappelle), déplacements cependant plus fréquents que dans Death Mark, mais toujours en images par images, quasi-inexistence du doublage par des acteurs si ce n'est quelques passages ponctuels.


Les abominations s'enchaînent.

À l'opposé : mélodies extraordinaires, envoûtantes et captivantes, que l'on va aussitôt réécouter sur le net après avoir fini le jeu (mention spéciale pour la douce flûte de Kind of Otogi Horror et le rock électro N.G), sonorités d'ambiance hyper travaillées qui complètent à merveille l'épouvante créée par l'histoire et que le visuel ne donnait pas assez. Coup de gongs récurrents, douce et classique tronçonneuse, hurlements, changements brutaux de musiques, vent, bruissements d'insectes, aboiements, croassement, clochette, éboulement, tic tac, carillon... Ainsi, tout ce qu'on ne vit pas par l'image, on le vit par le son. Ils sont quand même vachement doués pour faire un jeu aussi bien avec si peu d'images.

Finalement, la vraie surprise et le renouveau sont ailleurs, à savoir dans les actions de jeu qui ont été assez repensées. En sus du "Survival Escape" et du "Live or Die" devenu "Crisis Choice" qui sont bien sûr toujours là, s'ajoutent des phases d'enquêtes et d'interaction d'objets largement plus développés que dans Death Mark. On n'est pas excatement dans le point'n click, mais on s'en approche pas mal. De plus les "Survival Escape" ne se limitent plus aux affrontements avec les spectres mais à d'autres scènes d'action qui ont été ajoutées. Le jeu devient ainsi encore plus rythmé dans l'expérience de jeu offerte aux joueurs et joueuses. Plus anecdotique, s'ajoute aussi un pouvoir spécial appelé "Bloodmetry", qui permet de voir dans le sang une scène du passé associée à ce sang. Ce pouvoir ne rend pas les joueurs spécialement actifs mais, niveau ambiance, ils ajoutent un effet assez détonnant et ouvrent souvent le pas aux scènes les plus gores.


Patiemment, nous apaisons les tourments des morts.

Autre innovation très intéressante, c'est le mode D-mail, optionnel. Proposant de petites énigmes afin de trouver des cartes, tout son intérêt réside dans les révélations qu'il fait sur la trame principale mais aussi sur les potentiels jeux de la série à venir. Je recommande vivement de bien chercher les cartes à chaque fois que D-man le propose. La fin sera sinon appauvrie et ce serait bien dommage pour un tel visual novel au scénario si complexe et travaillé.

Enfin, le menu de Spirit Hunter : NG est très complet à l'instar de son prédécesseur : inventaire détaillé, fiches de personnages, journal bien vu avec son style télégraphique, galerie, et une carte des déplacements.

On n'a au final que bien peu de regrets : l'absence d'option pour passer les dialogues qui existait pourtant sur Vita pour Death Mark (et pourtant j'ai essayé un paquet de touches de mon clavier), l'accès impossible au journal en cas de scènes d'action de jeu ce qui est parfois gênant pour la résolution de certaines petites énigmes ou pour faire les bons choix. La difficulté est aussi un peu déséquilibrée. Spirit Hunter : NG est globalement un peu facile sauf les confrontations finales, et soudainement, certains passages sont très difficiles comme l'énigme de la machine à écrire dans le chapitre Screaming Author. Mais tout cela reste assez insignifiant dans cet océan de génie.


Jusqu'à l'affrontement final.

Conclusion

Malgré sa pauvreté graphique, on peut affirmer sans hésitation qu'en poursuivant l'univers de Death MarkSpirit Hunter : NG entame une nouvelle série de visual novels qui sera probablement une des plus emblématiques. Par sa très haute qualité scénaristique incluant des variantes, son univers d'épouvante unique, sa dimension tout à la fois émotionnelle et dérangeante, sa bande-sonore de haut vol, ses nombreux personnages, ses mécaniques de jeux variées entre action et réflexion, je mets cette nouvelle série pas loin du même rang que les Zero Escape ou DanganRonpa. À voir si elle tiendra la route en qualité. Un nouvelle série légendaire de visual novels commence peut-être.

Informations complémentaires

- Durée de vie : 25-30H ; elle a quand même plus que doublé par rapport à Death Mark.
- 4 unités de sauvegarde seulement ; un peu juste pour jouer des alternances de scénario sur la méthode de victoire contre les spectres.
- Possibilité de sauvegarder à tout moment quand on est en phase de jeu, mais jamais en phase de dialogue ; on peut ainsi être bloqué jusqu'à 30 minutes sans pouvoir sauvegarder. Dommage.
- Mode d'angoisse modulable sur 3 niveaux ; n'hésitez pas à prendre le plus élevé, il n'est pas bien méchant.
- Jeu en anglais uniquement.
- Jeu disponible sur Steam, PS4, PS Vita et désormais l'incontournable Switch.


Saurez-vous trouvez les bonnes réponses ou non-réponses ?

Évaluation de chaque chapitre

Chapitre 1 - Urashima Woman : particulièrement sombre et appuyée sur les affects et la dimension émotionnelle, cette première aventure tombe comme une grosse claque pour nous faire plonger profondément dans l'ambiance du jeu. Sans temps mort, avec une bonne difficulté, une histoire assez complexe à reconstituer et un environnement aquatique qui sera toujours efficace dans le genre, on dévore ce premier chapitre avec passion. 4/5

Chapitre 2 - Kubitarou of Kintoki : plus lent , plus facile, avec bien moins d'objets à récolter et moins de variété, cette aventure se rattrape avec un spectre bien plus torturé et dérangeant ainsi qu'un dilemme final qui fait débuter l'accès aux premiers choix alternatifs. 3,5/5

Chapitre 3 - Screaming Author : aventure probablement la plus malsaine, la plus complexe, la plus répugnante, elle a également le grand atout d'être intimement liée à la trame principale pour faire de Spirit Hunter : NG, non pas une addition de petites aventures indépendantes mais un ensemble cohérent où tout est plus ou moins imbriqué. La réflexion y a aussi une part plus importante et les tours que nous jouent le manoir à explorer accentuent l'ambiance très oppressante déjà mise en place. 4,75/5

Chapitre 4 - Killer Peach : avec un objectif probable de changement d'ambiance, les scénaristes ont donné à cette aventure un aspect enquête policière très poussé, largement développé deux nouveaux personnages et généré en nous un élan de sympathie pour le spectre, élan inégalé jusqu'ici. Le trame principale continue au passage à glaner de nouvelles révélations. Pour enfoncer le clou, quelques sacrées surprises comme le voyage dans le temps, achèvent de donner ses palmes à ce chapitre qu'on a d'ailleurs beaucoup de mal à dissocier du suivant. 4,5/5

Chapitre 5 - Demon Tsukuyomi : quasiment la suite du précédent en termes d'intrigue mais aussi de lieu du déroulé de l'aventure qui est le même, il nous transporte car nous rapproche plus que jamais de la vérité concernant cette poupée maudite source de tant de souffrances et d'abominations. Toujours aussi doués pour varier les idées, les scénaristes offrent opportunément un univers de feu et de flammes et une façon différente et très noble de venir à bout du spectre (notre élan de sympathie pour Killer Peach s'en voit encore plus rehaussé). Enfin, les derniers morceaux du puzzle s'assemblent avant la conclusion finale de la trame principale et de la signification de cet étrange acronyme : NG. 4,75/5 

Chapitre finale - NG : alors qu'on pensait, peut-être avec un brin d'arrogance, avoir tout compris, voilà qu'on se prend quelques dernières claques dans la tronche avec les révélations finales. C'est là qu'on voit la qualité d'une intrigue, quand après 30H, elle est encore capable de nous surprendre. Il y a eu également un gros effort pour faire voler en éclat tous les mécanismes de jeu précédents et nous offrir une dernière expérience de jeu inédite dans le monde des morts et à la hauteur d'une conclusion. Evidemment, comme pour Death Mark, attention, il y aura la bonne fin et la mauvaise fin. 4,75/5


Seule sa mélodie nous envoûte, car les esprits clairs déjoueront facilement ses pièges.

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A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

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