Portal : Retour sur le succès d'une légende - 2ème partie

Il y a un an, Krinein revenait sur la légende Portal et relativisait avec une impudence assumée le succès du premier jeu, tant ses carences étaient nombreuses. Un an plus tard, après avoir décortiqué de fond en comble sa suite tout aussi légendaire, quelle est notre conclusion ?

Notre chroniqueur Mandark, peu aguerri aux jeux de réflexion, a sans hésitation offert un 10/10 à Portal 2 le 16 mai 2011. Pour séduire toute une communauté de joueurs en principe allergiques au genre, on est bien obligé d'admettre que le titre a exécuté un tour de force tout a fait exceptionnel, et rien que pour cette raison, il mérite une excellente note. En effet, ainsi que Mandark l'écrivait "pour réaliser un jeu entier sur le principe d'énigmes à résoudre sur la base d'un concept génial et tordu, et ceci sur plus de dix heures minimum, il faut bien calculer son coup pour ne pas lasser le (cobaye) joueur. Et là c'est le pur miracle, l'expression d'un savoir-faire que peu peuvent se targuer de posséder dans le domaine du jeu. [...] Portal 2 est le fruit d'un constant souci de maintenir constamment celui qui s'y essaye sur le délicat fil de l'équilibre entre challenge, plaisir, tension, humour et suspense".

Mais pour la mordue de réflexion, puzzle-game et enquête que je suis, y a-t-il ici miracle ?


Elle revient, mais pas seule.

Une sublimation stupéfiante

À mes yeux, il n'y a pas miracle parce qu'un jeu de réflexion me tient 10 pauvres heures en haleine dans son mode solo. Zero Escape 2 tient 40 heures en tension maximale pour ne citer qu'un jeu récent, donc franchement, Portal 2 sur ce point fait presque pâle figure. En revanche, le travail titanesque qui se mesure entre le 1 et le 2, c'est presque du jamais vu. On a déjà vu des suites qui corrigent un épisode précédent et l'améliorent, mais là ce n'est pas de l'amélioration. C'est de la sublimation.

Déjà, on passe de 4H environ à 40H au total tous modes confondus, soit fois 10 ! Vous avez déjà vu beaucoup de jeux qui multiplient par dix la durée de vie du précédent épisode ? Moi jamais. À quoi cela tient-il ?

C'est que l'on passe de un mode à 4 modes ! Et pas des moindres d'abord, un mode multi-joueurs complet avec un scénario autonome. Impeccable dans sa réalisation technique, il permet de jouer avec des amis ou avec quelqu'un pris au hasard dans le monde entier. Cerise sur le gâteau, à ce jour, on peut encore trouver un partenaire en moins de deux minutes. Et chose à peine croyable, Valve s'est même payé le luxe de permettre une compatibilité PC-PS3, c'est-à-dire que les joueurs PC et PS3 pourront jouer ensemble en multi. C'est beau quand les divisions tombent.


4 modes, dont un coop + compatibilité PC-PS3.

Mais cela ne vaut pas le mode ultime, l'aboutissement total de tout jeu de réflexion qui se respecte : le mode éditeur avec son partage en ligne. "OMG" comme diraient les geeks de tout bord ! On peut créer ses tableaux et cela avec une multitude d'options et de détails dont on n'aurait jamais osé rêver. Certains ont même créé de véritables clones du jeu, avec un scénario, des salles incroyablement dures, des décors à couper le souffle, des vidéos, des épisodes etc.... Le système steam permet très opportunément de classer la myriade de créations selon différents critères, ce qui permet d'éviter en partie le hasard. Ainsi vous pourrez choisir par popularité du jour ou de la semaine (car on vote à chaque fois qu'on finit une salle de test de la communauté), date, meilleure note de tous les temps ou types de personnalisation (custom visuals ou custom story). De mon côté, si vous ne les connaissez pas déjà, je vous recommande les séries 12 Angry Tests (7 épisodes) et Cosmogony (6 épisodes). Le dernier épisode de 12 Angry Tests est tout bonnement phénoménal avec des scènes de grosses fusillades qui nous feraient presque croire qu'on est dans un FPS ! Moi qui disais que Portal n'avait rien d'un FPS...

Bref, vous l'aurez compris, l'expérience est prolongée à l'INFINI. Et ça, peu de jeux peuvent s'en vanter. Ah oui, et j'oubliais, le mode éditeur permet aussi de créer des salles en coop. C'est pour cela que je comptabilise quatre modes au total : le mode solo, le mode coop, les salles de test solo de la communauté, les salles de test coop de la communauté. Et puis ça fait même un cinquième mode si l'on a la patience de se plonger dans la création d'une salle.  

Mais ce n'est pas tout. On note aussi que la micro-exploration finale du 1 se mue en exploration la moitié du temps dans le 2, avec une alternance entre explo et résolution d'énigmes très bien dosée. De même, on remarque que la difficulté a été largement revue à la hausse, sans que les choses ne soient bien compliquées quand même. Cela se corse par contre sacrément dans le mode multi, car jouer avec quatre portails, ça multiplie la complexité avec un exponentiel. Les possibilités ne font pas 2x4. Elle font 2 puissance 4 (c'est-à-dire 2x2x2x2). Cela se corse aussi dans les salles de test de la communauté comme on vous le disait plus haut.

En outre, il y a un vrai scénario, des personnages, des rebondissements qu'on n'imaginait pas, de la tristesse, de la joie, de la stupeur, de le peur aussi, en plus de la simple oppression qu'on ressentait dans Portal.

Enfin, le jeu ajoute de nouvelles mécaniques dans la résolution des énigmes par l'ajout, entre autres de drôles de gels qui permettent de sauter plus haut, courir plus vite ou rendre poreuse aux portails n'importe quelle surface. Il faut bien avouer que tout se complexifie avec ces nouvelles possibilités, mais aussi qu'une variété bienvenue s'y ajoute. La palme revient à mon sens aux tunnels dont les potentialités ont fini par me donner mal au crâne et m'ont contrainte pour la seule et unique fois du jeu à aller consulter la solution... Vraiment, la difficulté a augmenté.


De nouvelles mécaniques, dont les terribles tunnels.

Bref, toutes les carences de Portal partent en fumée à l'autre bout de l'univers et Portal 2 peut alors objectivement devenir une vraie légende par son essence propre qui perçait déjà dans le premier volet et qui, là, domine tout.

Lorsque les détails deviennent l'essence du jeu

Souvenez-vous, même si avec une impudence assumée je fustigeais Portal il y a un an, je lui reconnaissais néanmoins quelques particularités hors du commun qui expliquaient son succès.

Particularité n° 1 : l'humour noir, le cynisme de GLados, le cube à coeur, le gâteau, les voix pétrifiantes des tourelles, etc. Valve ne s'y est pas trompé et mise à fond sur cette carte, la travaille la développe, et l'intensifie au maximum. Donc, forcément GLados revient bien qu'on l'ait détruite, mais bon, on le savait qu'elle était toujours là puisqu'elle chantait "Still Alive". Mais elle va avoir un copain, différent mais pas si dissemblable. Ah, il vaut se pesant d'or celui-là, même s'il reste inférieur à la grande madame.

Il va y avoir aussi quelques autres personnages, humains avec leur dose complète d'humour et des voix de psychopathes. On aura ainsi non plus une illuminée pour accompagner nos recherches, mais trois, eh, oui, encore une multiplication ; trois zinzins aux monologues bien différents, mais d'égale ridicule pour nous faire rire et sourire alors qu'il n'y pourtant aucune matière à le faire. C'est qu'ils en tiennent une sacrée couche, surtout l'humain. La réalité dépassera toujours la fiction. GLAdos n'est qu'une IA, elle ne pouvait être que dépassée par la folie humaine. Il y aura aussi toujours des mots délirants sur les murs que vous avez l'obligation de regarder avec attention, ne serait-ce que pour rendre hommage aux développeurs d'y avoir mis autant de travail et d'application. On retrouve également avec plaisir les petits radios aux musiques bizarres et tout le matériel informatique d'un autre âge, le tout dans la même ambiance complètement glauque bien comme il faut. Oh, et il y a aussi caché quelque part le cube à coeur !


Un bain de tourelles, c'est super drôle.

C'est ainsi presque avec étonnement que l'on voit la situation se retourner et GLados finir par devenir la "gentille" de l'histoire. Quelque part, l'humour est lui aussi sublimé pour laisser un peu plus de place à l'émotion et à une drôle d'amitié avec l'IA la plus originale de tous les temps d'un jeu vidéo. Mais si la toute fin du jeu donne une certaine beauté et une touche d'émotion, on est bien d'accord que l'amusement n'en disparaît pas moins et est l'ingrédient de la dernière image. 

Bref, l'humour, raccroché à un scénario bien plus long et fouillé, se voit donner une place d'honneur pour donner un à Portal 2 la dimension qu'il méritait.

Particularité n° 2 : il y a  toujours cet aspect shoot qui reste opportunément présent. Aucune option supplémentaire dans la gestion des portails n'a cependant été ajoutée, si ce n'est le zoom au demeurant très pratique ; donc cette partie n'a pas été spécialement développée. Mais on a parfois le sentiment que l'adresse a été mise un peu plus à contribution dans la résolution des énigmes. On peut donc dire que Valve est resté sur ses acquis de ce point de vue, sans aller beaucoup plus loin. Cela aurait-il été nécessaire ? À nos yeux, non, cela risquait même de dénaturer Portal. Mais peut-être certain-e-s auraient-ils aimé au moins une fois pouvoir tirer sur une tourelle. Cela aurait-été une amusante blague : nous donner un vrai flingue juste une fois, pour mieux nous l'enlever après sournoisement. Qui sait ? Peut-être qu'un joueur a créé une salle de test comme ça ?


Grand, vide, haut, gris, sombre, seul.

Dernière particularité qui faisait l'essence de Portal et sur laquelle Valve a bien misé à fond : l'ambiance oppressante. On se retrouve dans des décors gigantesques qui donnent le vertige, ou tout petits donc étouffants. Tout est sombre, même quand on est dans des décors un peu végétaux. Bien qu'une voix humaine finisse par arriver, on est toujours seul, et on se sent encore plus seul quand on comprend que cette voix appartient à un mort. Dès le départ, la claque est en plus infligée : on apprend que beaucoup beaucoup de temps a passé et qu'il n'y a personne, plus personne. Même la fin, qui est un peu optimiste, est dure à encaisser. Alors qu'on sort enfin de cet immense complexe labyrinthique duquel on a cru sortir déjà 10 fois sans succès, on atterrit dans un endroit qu'on n'imaginait pas. Ah, tout est joli, soigné, bien travaillé dans Portal 2, mais on ne s'y sent pas complètement à l'aise. L'immersion est ainsi à son maximum, et bien amplifiée par le scénario et les voix.

En conclusion, Valve fit avec retard de Portal la légende qu'il était déjà depuis l'épisode 1, mais il le fit. Des ingrédients classiques, des idées originales, un scénario improbable et un dosage parfaitement équilibré.


Qu'elle puisse shooter enfin dans une foutue tourelle, le fantasme ultime.

A propos de l'auteur

1 commentaires

  • Anonyme

    24/12/2014 à 00h22

    Répondre

    intéressant

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