7.5/10

The Turing Test - Test PC

Parce qu'on ne se lasse pas des petits bijoux Square Enix Collective, on ressort de nos vieux cartons un jeu datant de 2016, mais d'une actualité brûlante et aux qualités intactes.

Par où commencer ? Il y a tant de choses à dire sur The Turing Test. Alors commençons par ce qui frappe : son titre. Pour qui s'intéresse aux questions existentielles posées par l'IA ou a joué à quelques jeux vidéo qui décortiquent le cerveau, ce nom parle. "Décrit par Alan Turing en 1950 dans sa publication Computing machinery and intelligence, ce test consiste à mettre un humain en confrontation verbale à l'aveugle avec un ordinateur et un autre humain. Si la personne qui engage les conversations n'est pas capable de dire lequel de ses interlocuteurs est un ordinateur, on peut considérer que le logiciel de l'ordinateur a passé avec succès le test. Cela sous-entend que l'ordinateur et l'humain essaieront d'avoir une apparence sémantique humaine." (wikipédia)

Au passage, je vous rappelle que les grands Zero Escape : Virtue's Last Reward et Detroit : Become Human y font référence. Anecdote amusante, ce test est vraiment utilisé par les informaticiens et universités. Il y a même des compétitions. À la fin du jeu, vous trouverez une copie de l'article en question d'Alan Turing, intitulé "The Imitation Game".


Dans une base extra-terrestre, avec une IA.

Mais revenons à nos moutons électriques (une pensée pour Rick Deckard dont l'outil de détection des androïdes est d'ailleurs inspiré de celui de Turing). Que fait-on dans The Turing Test ? Doit-on nous aussi jouer aux devinettes et se confronter à une IA ? Non, pas exactement. On a une vraie expérience de jeu, oscillant à 90 % vers la réflexion et une forme de shoot, et 10 % vers l'exploration et la plate-forme. Il ressemble dans bien des aspects à Portal et Q.U.B.E.. Certains évoquent aussi The Talos Principle, qu'on ne manquera pas non plus de sortir de nos cartons dans quelques semaines. Au début, on se réveille dans la peau d'une certaine Ava Turing - notez la correspondance volontaire du nom avec le titre et donc le double sens - sur une base spatiale proche d'Europe, sixième lune de la planète Jupiter. Son équipage a disparu et elle se réveille après plusieurs années de sommeil. Tout en conversant avec l'IA de la station, dénommée T.OM., elle retourne sur la base implantée sur Europe pour chercher ses coéquipiers en passant d'une salle à une autre, qu'elle doit déverrouiller.

C'est là qu'intervient le jeu de réflexion en lui-même. Pour ouvrir les portes, on doit activer des verrous grâce à des cubes ou des boules d'énergie. Les dites sphères peuvent être stockées dans une sorte de flingue, puis destockées en tirant sur la cible appropriée (d'où la partie shoot). Là est la ressemblance majeure avec Portal, ainsi que le fait de converser avec une machine. Histoire de corser les choses, les couleurs et donc effets des sphères varient : des bleus pour énergie continue, verte ou violette pour énergie intermittente (synchronisées ou asynchrones), rouge pour temporaire. Il y a aussi des plaques fixes qui servent d'activateurs, des plaques mouvantes, des ponts d'énergie, des réflecteurs et même une super mitraillette laser dans les chapitres 6 et 7. Bref, comme dans tout bon je de réflexion, il y a une variété d'outils et de mécanismes aux combinaisons assez exponentielles et infinies.


Aller d'une pièce à l'autre, en activant de nombreux outils : chauffe neuronale à prévoir.

Il y a également un mécanisme particulièrement original qui intervient vers le milieu de l'aventure : la possibilité d'incarner quelqu'un d'autre qu'Ava, je ne vous dis pas qui, ce qui implique d'utiliser ses actions et de les combiner avec celles d'Ava pour résoudre les niveaux. Cela complique délicieusement les choses. 

Pour autant, The Turing Test ne met pas la barre trop haute, et l'on résout la majeure partie des salles assez facilement, souvent grâce à un petit détail auquel il faut penser à prêter attention. De temps à autre, ça se corse, et c'est bien. Il y a également des salles optionnelles particulièrement retorses du chapitre 3 au chapitre 7 (attention, la dernière est finalement simple si l'on pense à une bête astuce). Celles du 1 et 2 ne comptent pas à mon sens, vu qu'elles ne nécessitent pas de réflexion. Soit dit en passant, pour bien savourer tous les détails de l'histoire, il est très recommandé de jouer et résoudre ces salles optionnelles.

Et c'est là l'un des autres grands points forts du jeu : un scénario très pointu, une narration de qualité, un rythme de dialogues bien dosé et un haut niveau de réflexion de ceux-ci. L'émotion n'est pas pour autant absente et le cocktail prend finalement très bien dans une atmosphère graphique et sonore froide, métallique et étouffante. On passe ainsi un certain temps à chaque fin de chapitre, à regarder les différents objets dans les salles pour comprendre le mystère qui nous entoure. Le très bon doublage de l'actrice incarnant Ava, Marie Westbrook, ajoute une belle touche supplémentaire.

Certaines mauvaises langues diront qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil après Portal, Q.U.B.E. ou The Talos Principle. N'empêche, ce type de jeux ne court pas assez les rues, ou plutôt les circuits de nos ordinateurs. On ne peut donc que se réjouir qu'un jeu supplémentaire de ce genre ait été conçu. Il est très prenant, addictif, pas trop facile, que lui demander de plus ? En prime, il a quand même une grande originalité par le thème abordé.


Et on tire pour stocker ou destocker.

Que lui manque-t-il d'essentiel ? Un peu de durée de vie (on est dans les 10H max, mais 70 salles quand même sans compter les 7 optionnelles), d'autres modes de jeu (éditeur par exemple), un épilogue un peu plus long et fouillé, car la conclusion ne va finalement pas trop au bout de la profonde thématique abordée, et surtout, il manque la traduction en français. Les sous-titres sont uniquement en anglais et même absents dans les salles optionnelles... Vu le niveau des dialogues, je ne vous raconte pas le niveau équivalent d'anglais qu'il faut pour suivre. Vraiment dommage !

Conclusion

Bref The Turing Test n'est pas le meilleur jeu du genre, mais il s'avère incontournable dans la ludothèque de tout amateur de jeu de réflexion qui se respecte. À aucun moment il ne vous décevra, sauf peut-être un peu à la fin. Développeurs-euses, continuez à nous proposer de telles oeuvres svp !


Peut-on laisser un programme décider pour nous ?

A propos de l'auteur

Aventures, enquêtes, mille et une énigmes, réflexion ; jeux aux thématiques profondes, originaux, décalés, indépendants, telles sont mes passions. De temps à autres, aussi du 100 % action. Féministe avertie, assoiffée de justice, je rejette toute forme de discrimination ; donc j'écris aussi en manga, BD, cinéma, livres, séries ou jeux de société.

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